Les collègues,

Je n’ai pas bien dormi dans la nuit de jeudi à vendredi, retournant plusieurs épisodes de la réunion dans ma tête…

Je me suis rendu compte qu’on avait beaucoup (trop !) parlé d’aspects techniques. Notre IPR a très vite concentré son intervention autour des EPI, et notre chef a présenté en fin de réunion des « simulations » de structures pédagogiques destinées à faire en sorte que nous nous projetions favorablement dans le dispositif.

Pourtant, cette réforme ne se résume pas à des questions d’emploi du temps : elle est politique, dans le sens où elle va influer durablement sur le fonctionnement de notre institution et de notre pays. Malgré mes tentatives répétées pour remettre la discussion sur ce sujet, bien peu de questions de fond ont été évoquées :

• l’autonomie, (un mot qui sent la liberté, la créativité, la modernité…) ça sert à quoi quand les moyens sont insuffisants ? une mise en concurrence entre les membres des équipes pédagogiques ?

• supprimer les options, c’est dégrader l’offre de l’école publique (« le seul patrimoine de ceux qui n’en ont pas » F. Buisson, je ne me lasse pas de cette citation), priver les enfants de milieux modestes de formations approfondies, et renforcer l’enseignement commercial (on dit aussi « privé ») ?

• l’interdisciplinarité, vraiment un remède au décrochage ? Des études qui le prouvent ?

• la « réussite pour tous » au prix d’un abaissement considérable des exigences, c’est digne de nous ?

En fait, je regrette aussi d’avoir dû « caviarder » la première partie de la motion originelle. On y trouvait des points dont on aurait pu discuter ce vendredi :

• le taux d’encadrement défavorable (et qui, chez, nous va se dégrader, maintenant que nous sommes sortis de l’éducation prioritaire),

• la baisse des horaires dans les disciplines fondamentales (en 40 ans, un élève a perdu, sur la durée de la scolarité obligatoire, au moins 500 heures d’enseignement du français),

• sur la formation continue des enseignants, devenue très insuffisante,

• sur les disparités territoriales qui vont s’accentuant ( http://www.strategie.gouv.fr/publications/geographie-de-lascension-sociale?xtor=xtor%3DEREC-099-[20151106-ALERTE034 )

• sur le fait que dans notre pays, plus de 3 millions d’enfants, soit un sur cinq, vivent sous le seuil de pauvreté (économique, sans parler de pauvreté culturelle).

Bien sûr que le collège va mal, mais pas plus mal que l’école élémentaire, le lycée,… et la société toute entière. Et s’il faut changer des choses, il faut vraiment passer par ce massacre, précédé et accompagné, je le répète, de propos indécents des responsables actuels de l’Éducation Nationale ? Est-ce que, quand on a la migraine, on se soigne en se tirant une balle dans le pied ?

Tout ça a été éludé, et les débats ont souvent tourné autour des EPI, comme s’ils étaient les seules sources possibles d’interrogation. On en arrive à se promettre de relever le défi technique d’une mise en place -que l’on pressent difficile- de ces trucs, comme des exécutants à qui on ne demande pas de penser. Et nous voici maintenant conviés à des conseils d’enseignement, la semaine prochaine, préludes à un brainstorming consensuel, lundi 16.

Et, là, il faut que je vous dise, je n’en serai pas. Je ne ferai pas d’EPI (je reste bien sûr favorable à toute activité interdisciplinaire avec chacun-e d’entre vous !).

J’ai peut-être ce privilège - peu enviable- que la matière que j’enseigne est condamnée à plus ou moins long terme (dans 3 ou 4 ans au plus tard, il restera 7,5 d’allemand au collège Braque de Dieppe, sur les 22 actuellement assurées). Et donc, excusez cette grandiloquence, je préfère crever debout.

Je continue à tenir cette réforme pour illégitime : notre IPR a dit qu’elle était l’œuvre du« législateur ». J’ai dû lui rappeler que celle de la « Loi de Refondation de l’École » (qui n’était qu’un cadre général) en était une, et que la concertation qu’il évoquait s’était par contre résumée à trois réunions autour d’un projet déjà tout prêt. Une procédure à la 49/3, en fait, donc.

Je ne ferai rien qui puisse favoriser la mise en place de cette réforme, et même, comme vous le constatez, je vais faire tout ce qui est possible pour la mettre en échec.

Et je vous invite bien entendu à faire de même, si vous êtes convaincus comme moi de son caractère au mieux inopérant ( http://www.laviemoderne.net/grandes-autopsies/133-la-reforme-du-college-2016 ), au pire nocif, et favorable à une vraie réforme, à la hauteur des enjeux, celle-là. Je rappelle au passage que :

• rien ne vous oblige à vous engager dans le dispositif des EPI (s’ils sont obligatoires pour les élèves, ils ne le sont pas pour les enseignants)

• nous ne serons pas seuls http://www.rouen.snes.edu/spip.php?article1637

• un mot d’ordre a été lancé par l’intersyndicale majoritaire opposée à cette réforme, en faveur d’une opération « grainS de sable » qui concernera aussi les journées de formation (« formatage ») qui nous sont promises au printemps.

bonne semaine, et…. banzaï !

M