Le stage "mémoire militante" qui s’est tenu le 8 février a permis de retracer une histoire de notre syndicalisme à travers les grandes réformes de l’éducation depuis 1945....

1- L’après-guerre : PLAN LANGEVIN WALLON et création de la FEN

Quel projet d’école dans l’après-guerre ? Quelles forces syndicales en présence ?

Sur le plan syndical : le travail se fait durant cette période dans un syndicalisme unifié autour de la CGT à coté duquel coexiste un petit syndicat chrétien (CFTC) mais qui est très faible dans les milieux enseignants. Dans la CGT, il y a une fédération générale de l’enseignement (FGE CGT) qui regroupe l’essentiel de ce que deviendra la FEN. Elle prend en 1946 le nom de FEN CGT.

Dès 1944, un projet d’école pour l’avenir est construit (plan Langevin-Wallon)

Ce plan est élaboré avec personnalités du ministère et principaux responsables syndicaux.

Il modifie la structure de l’école d’avant-guerre par ordre (avec une voie pour « les bourgeois », une voie moyenne et les voies apprentissage et vie active) en une école par degré. Le SNI (Syndicat National des Instituteurs) était dans les enseignements populaires et le SNES (Syndicat National des Enseignants du Second degré) assurait « l’enseignement bourgeois » (ce sont les termes du SNI de l’époque) : on a là la superposition de deux cultures !

Dans le plan Langevin-Wallon, le 1er degré est prévu jusqu’à 18 ans, il conçoit une école maternelle pour tous les élèves, on y retrouve l’équivalent d’un collège pour tous et un lycée en trois voies…

La question des enseignants est posée et le plan prévoit :

-  les maitres de maternelle mis à part, formation élevée et non disciplinaire,

-  les maîtres des matières communes prévus pour les 7-15 ans

-  les maîtres de spécialité pour les 11-18 ans

Pour le cycle d’orientation (qui correspondait au collège, il y a superposition de deux types de maîtres, ce qui va poser dès là des problèmes dans les projets des différents syndicats).

Cette réforme Langevin Wallon n’a jamais été mise en place…. L’idée était de sortir d’une école de classes sociales, c’était une loi très ambitieuse avec la volonté de mettre tous les élèves ensemble afin de fluidifier les orientations.

Ce plan est toujours dans les lectures du syndicalisme enseignant avec deux lectures : une lecture « premier degré » et une « second degré ». Toutes les réformes construites dans les années suivantes y feront référence, et ce jusqu’aux années 2000…

Éclatement de la CGT en 47-48 entre le courant CGT et le courant FO.

Cet éclatement renvoie à des questions purement politiques, la question est alors de savoir ce que vont faire les différentes fédérations.
Chaque syndicat de la FEN va organiser des débats en son sein : les débats vont prendre deux mois.
A l’issue des débats, quasi-totalité des syndicats de la FEN va faire le choix de l’autonomie en essayant d’être un trait d’union entre les deux. Un courant dans l’enseignement technique décide de rester dans le CGT : il concerne d’abord seulement les centres d’apprentissage.

Alors, la Motion d’orientation (Bonnissel-Valière) va définir le fonctionnement futur de la FEN :

-  Y sont prévues des élections à la proportionnelle dans la fédération : pour qu’il y ait des élections à la proportionnelle, il faut des listes et donc des courants de pensée... Ces courants s’appelle alors liste A, liste B etc… C’est très nouveau dans le syndicalisme français. Il y en a dans les autres syndicats mais ils ne sont pas organisés.

-  Les directions syndicales seront homogènes ! le courant majoritaire dirige sans s’occuper des minoritaires. Il faut attendre les années 1990 pour que des EE acceptent de rentrer dans des directions académiques (à Caen en premier)
Cette motion est adoptée en 1948.

La construction de ce syndicalisme va être compliquée… La FEN va tout de suite construire un syndicalisme de services avec une mutuelle (MGEN), un réseau d’assurance (MAIF), un réseau commercial (CAMIF), création d’organismes amis comme la FCPE, les assurances élèves (comme la MAE), l’autonome de solidarité… Ce mutualisme fait référence à une vieille tradition du syndicalisme français mutualiste.

Il y a un fort courant communiste dans l’organisation

La FEN se construit avec des syndicats autonomes. Le SNI écrase tout le monde (250 000 / 300 000 syndiqués pour 6/7000 pour le SNES)
Le SNI se construit sur le corps (les instituteurs)
Le SNES se construit sur le lieu (les collèges et les lycées)
Le SNETAP se construit comme une fédération : il syndique tout le monde…
Chaque syndicat se construit avec des tendances sauf celui des agents de service (SNAEN). Les tendances sont mobiles. On passe de la A à une autre…Les tendances se figent vraiment dans les années 1970-1980…

Dès le début, les conflits existent entre SNI et SNES autour du plan Langevin Wallon, le latin, l’entrée en 6e et surtout « quel maître » ?
Il y a aussi un conflit sur les rémunérations. La revendication du SNI est simple : on ne revendique rien tant que les instituteurs n’ont pas rattrapé les enseignants du second degré – ce qui n’est pas imaginable au SNES.

Les seuls accords dans la fédération se font sur les questions de laïcité, les questions coloniales etc…. tout ce qui n’est pas directement au cœur du métier.

2- Émergence du nouveau SNES en 1966

Le SNES et le SNET (Syndicat National des Enseignants du Technique) fusionnent en 1966.
Il y a au début des années 1960 une forte pression sociale avec le développement du second degré. Au tournant des années 1960, le projet Langevin-Wallon ressort. La première trace en est l’augmentation de l’âge de la scolarité obligatoire (16 ans en 1959). Cela pose de nouvelles questions au SNES avec l’accueil de nouveaux élèves comme au SNI (changement des équilibres).
Il est aussi alors nécessaire de recruter massivement : création des IPES, recrutement d’auxiliaires, de PEGC… Dès 1962, le SNET et le SNES travaillent ensemble.

Il y alors 55 000 adhérents au nouveau SNES qui change de nom (il devient Syndicat National des Enseignements de Second degré) face à 250 000 au SNI.

Un an après la fusion, on a un changement de majorité au SNES avec le passage d’une direction du courant A (UID) au courant B (UA).
En 1965, a été organisée la première grève administrative (On ne va pas dans les conseils, on ne remplit pas les carnets de note). Elle fonctionne très bien au début puis s’essouffle et connait un échec ... Cela laisse des traces et un mécontentement chez les adhérents : la liste majoritaire qui a conduit cette lutte (UID) va être battue en 1967…UA s’installe aux commandes et découvre tout. UID est parti avec les archives. Les autres minorités leur rappellent homogénéité des directions. Une génération jeune construit tout ce nouveau SNES et aura ensuite du mal à passer la main. La direction du SNES est pendant longtemps mixte avec un SNET et un SNES (même dans les directions locales).

Dans les années 1970, le SNES entame l’écriture d’un projet d’école autour du plan Langevin-Wallon en en tirant l’idée qu’il faut aller jusqu’à 18 ans, les trois voies du lycée… Il reprend les idées de formation des maitres avec la volonté que tous les enseignants du collège et du lycée soient des certifiés et on freine déjà sur toutes idées de bivalence (sauf lettre/ latin, histoire/géo etc).

Durant cette période, sont ainsi écrits deux projets d’école dans la FEN : celui de l’école fondamentale du SNI et celui de l’école progressive du SNES – ce qui est évidemment un gros problème dans la même fédération. C’est vu comme une différence de positionnement politique alors que c’était une différence de culture.

1975 : réforme Haby contente le courant UID et mécontente le SNES car on y trouve déjà l’idée du socle commun. Haby va, de fait, fusionner les trois types d’enseignements qui se trouvaient en collège. Elle va progressivement se mettre en place. A partir des années 1980, on a une évolution massive du second degré

3- Les années 80 et 90 : l’éclatement de la FEN

Quels rapports aux politiques dans les années 80 ? Le SG de la FEN devient ministre du temps libre (André Henri). Un des SG du SNES va dans le cabinet de Fiterman

Le monde syndical va-t-il se positionner dans une vision de transformation ? La FEN se place en accompagnement… C’est plus compliqué pour UA et donc le SNES. En 1981, il y a de grandes consultations sur les lycées et les collèges pour penser des réformes.

En quelques années, le nombre de postes double en lycée. Le projet de la FEN s’écroule par rapport à la demande sociale.

Revalorisation en 1989 : Jospin est ministre de l’éducation. La majorité PS comprend qu’avant toute chose dans l’EN, il faut revaloriser les personnels. La FEN avait théorisé que la revalorisation devait commencer par les instituteurs…Il fallait des étapes en partant des plus mal rémunérés. Toute cette stratégie est balayée. Les accords de revalorisation conduisent à une unification du monde enseignant à moyen terme. L’échelle certifiée est l’échelle de base avec un recrutement à la licence (PLP2, PE…) ; on crée aussi la hors-classe : c’est une facture colossale pour les 30 ans qui viennent.
Ca va être pour la FEN et le SNI un échec cuisant.

Par ailleurs, leur stratégie de collège en fin d’étude est balayée par la réalité puis par la création des BAC Pro…

Les divisions sont de plus en plus fortes entre le SNI et le SNES…
Au SNES, à l’époque, on syndique des PEGC en cachette car on n’en avait pas le droit.
Tout bascule pour menacer l’avenir de la FEN : que faire ?

Le congrès de 1992 propose un regroupement de tous les syndicats de l’éducation dans une union pour maintenir la majorité du SNI et donc de UID. Les enseignants et donc les principaux intéressés sont contre mais avec les votes des non enseignants la fusion leur est imposée…

Un incident va accélérer les choses puisqu’un document avec le projet étape par étape de la scission prévue par UID est trouvé par des membres du SNES. Le SNES l’a aussitôt rendu publique pour ne surtout pas en porter la responsabilité de la scission et la laisser aux majoritaires.

Le SNES est du coup exclu en juillet 1992 de la FEN (congrès exceptionnel)

Il y avait des élections professionnelles en 1993. L’imprévu pour la FEN est qu’une grande partie du SNI quitte le SNI et crée le SNUipp. La FEN est laminée aux élections de l’année suivante y compris dans le premier degré.

C’est la création d’une nouvelle fédération qui va vouloir éviter certains écueils de la FEN : création de la FSU en 1993.

Création de règles du jeu nouvelles :

-  Faire une place aux courants de pensée en plus des SN et des départements.

-  Abandon de l’exécutif homogène avec accord d’EE

-  Mise en place de règles qui empêchent la fédération d’imposer point de vue aux SN

Du coup pour qu’un vote soit acquis, il faut 70% des voix. Il faut donc qu’il y ait plusieurs syndicats ou plusieurs courants de pensée en accord avec recherche de cohésion.

Question : comment fabrique-t-on un projet pour la fédération ? Est-ce possible d’en construire un qui aille contre les revendications d’un SN ?
Quand le sujet ne concerne qu’un syndicat, la position de la fédération est celui du syndicat mais sinon…