Les organisations syndicales ont été sollicitées mi-décembre pour l’examen de référentiels de compétences des enseignants, documentalistes et CPE. Le SNES a exprimé son désaccord tant sur le fond que sur la forme utilisée

Une méthode inacceptable !

Sur la forme, le ministère cherche à passer en force pour finaliser un texte en deux courtes réunions, entre 17h et 19h ! Nous ne pouvons accepter cette précipitation eu égard à l’importance de ce référentiel qui a vocation à servir pour la formation et l’évaluation de notre métier… et les contenus de concours. Cette urgence n’a pas de sens, sauf à vouloir anticiper et contourner les discussions sur les missions des personnels… et c’est bien là, sur le fond, que le bât blesse, en particulier pour ce qui concerne les CPE.

Une nouvelle tentative de réorientation du métier

La première version du texte ministériel s’avérait être en effet un nouveau pas dans la réorientation du métier reprenant les thèmes du texte de J.P Delahaye (alors IG, aujourd’hui DGSECO) en 2007. Positionné en cadre intermédiaire, responsable du droit, de la sécurité et de la politique éducative de l’établissement, le CPE axerait son action autour des notions de pilotage d’un service vie scolaire, de management d’équipe et du projet vie scolaire, de conseiller de la seule équipe de direction. Ces orientations ne sont en adéquation ni avec nos missions statutaires, ni avec le cœur de notre métier : le suivi de l’élève. Ce positionnement instaurerait des relations hiérarchiques avec nos collègues enseignants ou documentalistes, alors que le travail entre pairs est garant de la qualité de notre intervention. Des pans essentiels de notre métier y sont minorés alors que c’est une reconnaissance de leur contribution à la réussite des élèves que les personnels attendent. C’est pourquoi le SNES a fait le choix de ne pas amender des textes… inamendables et en a demandé retrait et réécriture des 3 référentiels, dans le cadre d’une concertation globale sur les missions, les concours et l’évaluation. Le Ministère, s’il a du tenir compte de ce refus avec quelques améliorations de forme, n’a pourtant pas infléchi sa volonté de réorientation du métier dans la deuxième version, transmise le 15 après-midi pour validation le 17 au soir !

Ce sur quoi le métier doit être conforté

En ce qui concerne CPE, le SNES a développé un argumentaire critique en référence aux textes réglementaires (circulaire de 1982, décret du 11/10/1989), donnant à la notion de vie scolaire toute la richesse de sa visée humaniste, à la fois éducative et pédagogique. Dans l’esprit de ces textes, le CPE ne peut être que conseiller de l’ensemble de la communauté éducative, pas seulement être « conseiller technique » de son chef, encore moins le « coordinateur de la politique éducative ». Ce positionnement transversal, à l’interface des relations avec les équipes, les élèves et leurs familles est une caractéristique professionnelle majeure du CPE.

Autant nous comprenons la contribution du CPE à l’animation conjointe d’un volet éducatif du projet d’établissement, autant la tentative de définition d’un « projet vie scolaire », sans cadre réglementaire, court le risque de sa restriction au seul « service de vie scolaire ». Le suivi individuel et collectif, des élèves, est un élément majeur de notre professionnalité. Par sa connaissance globale de l’élève, de son contexte familial et social, de son implication scolaire, de son cursus, le CPE apporte à l’équipe pédagogique un éclairage qui permet les regards croisés sur les scolarités et la recherche commune de mesures éducatives appropriées. C’est sur cette double entrée, pédagogique et éducative, que le CPE appuie une grande part de son expertise professionnelle.

Alors que l’épisode de la note de vie scolaire aurait dû servir de leçon, le maintien des piliers VI et VII du LPC, serait synonyme d’une superposition inadaptée entre les évaluations scolaires et celles, très contestables, de compétences socio-affectives... Enfin et surtout, le CPE contribue à part entière au suivi du parcours de l’élève qui ne saurait être réduit à un « accompagnement » alors que les enseignants en seraient maîtres d’œuvre...

L’action éducative est une autre des missions spécifiques du CPE. Elle s’appuie sur les apprentissages à la citoyenneté, à la responsabilité et à l’autonomie pour lesquels le rôle des équipes de vie scolaire est primordial, de même que dans l’animation socio-culturelle et des lieux de vie ou dans l’encadrement de l’internat. Au sein de ces équipes, le CPE doit être défini, non pas comme « responsable du service de la vie scolaire » mais chargé de « l’organisation du service des personnels de vie scolaire et du contrôle de leur activité ». Cette responsabilité consiste à organiser les activités et les emplois du temps dans un souci de continuité, de cohérence et d’efficacité dans le respect des personnes, de leurs statuts et de leurs droits, à animer des réunions de coordination, à analyser les besoins et faire des propositions de formation.

Les trois champs de responsabilité réglementaires des CPE (fonctionnement de l’établissement, collaboration avec le personnel enseignant et animation éducative) devraient naturellement être la colonne vertébrale d’un référentiel de compétences, dans le cadre d’une définition enrichie de la vie scolaire de l’élève. Il ne saurait en aucun cas anticiper sur de nouvelles missions qui ne se rattacheraient pas à l’esprit de la circulaire de 1982 : « placer les adolescents dans les meilleures conditions de vie individuelle et collective et d’épanouissement personnel ». Le SNES, syndicat majoritaire, y sera très attentif et sait pouvoir compter sur la mobilisation de la profession pour conforter une conception du métier centrée sur l’éducation. A nous de jouer !

Delphine Morisse, Barbara Grégoire, Roland Dazord, Jean-marie Barbazanges, du SNES-FSU Rouen, avec Philippe Guingand, du SNES-FSU de Caen.