28 juin 2010

MUTATIONS ET CARRIÈRES

Mutations : réunion paritaire du 21 juin 2010. Déclaration du SNES-FSU et du SNESup-FSU

Madame le Recteur,

Jusqu’alors, le discours pseudo-pédagogique et l’intérêt des élèves avancés par les ministres successifs de l’Education nationale pouvaient encore en tromper certains : note de vie scolaire, livrets de compétences, accompagnement personnalisé, conseil pédagogique… Mais au fait, où en est-on exactement ?

-  Dans certains collèges, devant le non-sens des contraintes liées à la note de vie scolaire et sa totale inefficacité, tous les élèves ont finalement 20/20. Le savez-vous, madame le Recteur ?

-  Dans de nombreux collèges, lorsqu’un collègue de langue estime que la compétence A2 n’est pas validée, les principaux, seuls, valident à tours de bras. Le savez-vous, madame le Recteur ? En tous cas, c’est fort éclairant pour les validations de livrets de compétences à venir…

-  Certains ont pu croire aux promesses de l’accompagnement personnalisé, qui résoudrait en 2H les difficultés rencontrées par les élèves au cours des 25 ou 30H de cours en classe entière. Avant de découvrir que cet accompagnement est effectué en groupes pouvant atteindre l’effectif d’une classe. Quelle désillusion !

-  Certains ont pu croire que l’autonomie des établissements permettrait l’épanouissement de projets pédagogiques. Avant de découvrir que certains chefs d’établissements conditionnent des sorties scolaires au remplacement des cours. Quelle désillusion !

Monsieur le porte–parole du gouvernement et Ministre de l’Education Nationale a récemment évoqué la possibilité d’augmenter le nombre d’élèves par classe, semblant considérer que cela n’aurait pas d’impact sur le travail des élèves. C’est une information extrêmement intéressante, et nous souhaiterions vivement être destinataires des études scientifiques sur lesquelles elle repose. Monsieur Châtel devra apprendre qu’on ne gère pas l’Education Nationale à coups de slogans publicitaires comme on peut le faire dans une entreprise de cosmétiques.

Il y aurait des « gisements d’efficience » dans l’Education Nationale. Mais Où donc ? Du côté des remplaçants ? Voilà un bien étrange bilan d’une année qui a vu, ici et là,des classes sans professeur pendant plusieurs semaines !

Les masques sont donc tombés. La rue de Grenelle n’est plus qu’une petite annexe de Bercy.

Un cap a été franchi avec la réforme de la masterisation mise en œuvre actuellement. Tous les acteurs du système, depuis les lycéens jusqu’aux formateurs, en passant par les étudiants, les professeurs, les parents d’élèves, rejettent avec effroi cette réforme, qui réserve aux lauréats de concours une entrée dans le métier calamiteuse. Contrairement à vos affirmations, les collègues ne semblent pas se bousculer pour être tuteurs ! Comment expliquer, sinon, les pressions absolument scandaleuses effectuées par les IPR, qui appellent les collègues chez eux, le soir et le week-end ? Embarqueriez-vous, Madame le Recteur, dans un avion piloté par un stagiaire dont l’essentiel de la formation consisterait en un vague compagnonnage ? Ces dernières semaines, les IPR eux-mêmes baissent le nez à chaque fois qu’on les interpelle, ou se retranchent piteusement derrière l’« obligation de réserve ». Lorsque l’ensemble des cadres d’une institution se voient contraints de mettre en œuvre des réformes qu’ils n’approuvent pas, il est grand temps de s’interroger sur le fonctionnement de notre démocratie. Une colère sourde, que vous attisez bien imprudemment, continue de croître dans les salles des professeurs.

Pour le SNES, il est encore temps de stopper cette fuite en avant. 100 000 voix se sont portées sur les listes de commissaires paritaires SNES aux dernières élections professionnelles. 100 000 collègues au nom desquels nous vous demandons solennellement, Madame le Recteur, de prendre la mesure de la gravité de la situation, d’assumer pleinement la responsabilité qui est la vôtre, et de porter l’exigence de modification immédiate des conditions d’affectation des lauréats de concours à la rentrée prochaine auprès de Monsieur le porte-parole du gouvernement et ministre de l’Education Nationale.

Les militants du SNES sont disponibles pour trouver avec vous une solution qui permette une véritable formation professionnelle pour les lauréats de concours à la rentrée prochaine.

Pour ce qui est du mouvement et quitte à nous répéter, nous voulons vous faire part à nouveau de l’incompréhension complète des collègues quant à la publication de projets d’affectations avant les FPMA. Le caractère provisoire de ces informations n’améliore en rien la qualité du mouvement, et place inutilement de nombreux collègues dans une situation de stress.
Le projet d’affectation des stagiaires, monstrueux en soi, n’a pas manqué de produire des dégâts collatéraux pour tous les collègues demandeurs de mutation. Est-il besoin de préciser que pour de nombreux collègues confrontés à une difficulté croissante du métier, une mutation est une voie privilégiée pour retarder l’usure du métier. Quelle déception lorsqu’ils constatent que de nombreux postes, difficiles à obtenir, ont été confisqués ! Et que dire des collègues qui vont devoir continuer d’exercer sur plusieurs établissements en raison de l’affectation d’un stagiaire de leur discipline dans leur établissement !

Aussi les collègues seront-ils sans doute très intéressés d’apprendre quelle aurait pu être leur affectation sans le blocage des postes pour les stagiaires :
-  en espagnol, par exemple, 41 mutations sont opérées, dont 9 extensions, sur un total de 94 candidats. Sans les blocages de postes, 5 mutations supplémentaires pourraient être effectuées, ainsi que 11 améliorations, et 5 extensions de moins ;

-  en SVT également, sur 66 candidats, 18 mutations sont prononcées en poste fixe (dont une en extension) soit 27% du total, 6 sur ZR dont 4 en extension. En "débloquant" les 8 postes pour stagiaires, on obtient 8 mutations supplémentaires possibles sur poste fixe et 6 améliorations laissant vacantes les 6 ZR. On optimise le mouvement en obtenant 12% de mutations sur postes fixes en plus par rapport au nombre total de candidat et en tenant compte des améliorations, on agit sur 21% des mutations.

Contrairement à vos engagements initiaux, des projets d’affectation de stagiaires en Zone d’Education Prioritaire ont été envisagés. Quelques autres projets prévoient des affectations à complément de service. Nous vous demandons de revenir sur ces projets.

De plus et pour la première fois, des collègues partant à la retraite au cours du premier trimestre, parfois titulaires de leur poste depuis de nombreuses années, seraient contraints d’assurer une partie de leur service dans un autre établissement à la rentrée, en raison de l’affectation d’un stagiaire dans leur établissement. Nous vous demandons également de renoncer à ce projet.

Par ailleurs la réforme des lycées a déjà commencé à produire ses effets destructeurs en termes de postes, notamment en STI où les mesures de carte scolaire risquent de réserver des conditions de travail particulièrement difficiles à certains collègues l’an prochain. Les politiques absurdes de suppressions de postes aux concours conduisent également parfois à des postes vacants, 21 en documentation !

Enfin, malgré nos demandes réitérées, les élus des personnels ne disposent toujours pas d’informations sur l’implantation d’établissements CLAIR dans notre académie. Ce nouveau dispositif annoncé en avril dernier, est donc supposé s’appliquer dans la précipitation dès la rentrée prochaine. Comme d’habitude désormais, voilà encore un projet qui n’a pas été pensé concrètement dans sa mise en oeuvre et que nous contestons radicalement.

Nous exigeons donc la transparence et, dès maintenant, la communication officielle des éventuels postes bloqués au mouvement à cet effet.
Pour parachever ce tableau, il semble bien que les incertitudes sur la réforme des retraites pèsent sur le mouvement : des collègues auraient déclaré leur départ en retraite au dernier moment, et cela ajouterait un certain nombre de postes (en Anglais par exemple) ; au contraire, en SVT, une collègue est revenue sur sa décision, provoquant ainsi l’impossibilité de muter pour deux personnes. Nous peinons décidément à nous accoutumer aux politiques managériales qui placent délibérément les personnels en situation de précarité.