24 octobre 2010

ACTUALITES

Objet : SOS ZEP, service public d’éducation en rupture, le collège Pierre Mendès France écrit à la rectrice.

Les personnels du collège Pierre Mendés France de Val de Reuil ont écrit à au recteur et à l’inspecteur d’académie pour l’alerter sur la situation de leur établissement.

« Madame le Recteur, Monsieur l’Inspecteur d’Académie,
Un mois après la rentrée, voici un état des lieux de la situation de
notre établissement public d’enseignement.

Avec des effectifs stables (305 élèves), les coupes dans les heures
d’enseignement aboutissent à une situation préoccupante, dont
pâtissent en première ligne les élèves que nous accueillons :
Avec 26 élèves pour le niveau 5e et 27 élèves en 4e, aucun groupe
n’a pu être mis en place pour l’enseignement des sciences ou de la
technologie : comment faire manipuler les élèves et mettre en œuvre le
pilier 3 du socle commun dans ces conditions ?
De même, les groupes de compétences n’ont pu être mis en place en
langues : comment dans ces conditions mettre en œuvre le pilier 2 du
socle commun ?

En outre, avec la suppression massive des postes de titulaires, le
manque de titulaires remplaçants dans certaines matières fait que
certains élèves n’ont pas de professeur d’anglais depuis la rentrée.
Le professeur contractuel envoyé la semaine dernière n’a pas souhaité
prolonger sa mission dans notre établissement : le problème ne se
serait pas posé avec un professeur titulaire. Aujourd’hui, un titulaire de lycée professionnel vient prendre en charge les élèves de niveaux qu’il ne connaît pas.

Dans deux matières, de jeunes professeurs stagiaires tout juste sortis
de l’université font leurs armes sur le terrain, difficile, d’une ZEP.
L’un d’eux témoigne du mauvais fonctionnement des remplacements des
stagiaires : « Ok, j’ai eu une remplaçante dès le jour de la rentrée
(coup de chance étant donné que certains n’en ont pas du tout). En
revanche, son départ à l’étranger pendant deux semaines m’a mis dans
des situations inconfortables pour un début dans le métier. Le principal défaut n’étant pas de prendre mes prochaines classes en charge, mais de faire des cours qui ne sont pas les miens. Pour un stagiaire débutant comme moi, prendre des élèves que je ne connais pas en cours de séquence fait que certains cours sont catastrophiques. J’ai l’impression qu’aucune réelle indication supplémentaire n’a été donnée par le rectorat aux remplaçants des professeurs stagiaires. De plus, est-ce normal de choisir un remplaçant quant celui-ci ne peut assurer aucun cours pendant deux semaines une fois un travail commencé avec les élèves ? Du coup, elle va également devoir prendre les élèves que j’ai eus depuis le début
d’année en fin de séquence là où je tenais absolument à être présente
pour l’aboutissement de projets commencés avec eux. L’organisation
d’une séquence et avancer selon le rythme des élèves est déjà assez
difficile quand on début avec rien en bagage comme ça. »

On le voit, il s’agit d’un collègue consciencieux et motivé, dont les conditions d’entrée dans le métier ne facilitent pas le travail ! La brutalité de cette entrée dans le métier d’enseignant fait que de nombreux stagiaires ont déjà démissionné un mois après la rentrée (15 dans l’académie de Poitiers, par exemple). Or, nous avons besoin de professeurs titulaires formés pour assurer nos missions de service public. En technologie, le professeur en reconversion, venu du lycée professionnel, a dû assurer, sans formation ni tuteur, la prise en charge de 18 heures d’enseignement. Un mois après la rentrée, un tuteur est enfin nommé.

Depuis la rentrée, nous n’avons pas d’infirmière. Le demi-poste supplémentaire alloué à la rentrée 2009 a été supprimé, et le demi-poste restant a été pourvu le lundi 4 octobre – sans que la personne n’ait encore signé de contrat à ce jour. Or notre établissement compte une élève souffrant de mucoviscidose, et 2 élèves diabétiques sous insuline. Quelle lourde responsabilité que de les accueillir sans personne formée et diplômée au sein de l’établissement. Heureusement aucun accident n’est survenu jusqu’à ce jour.

A la rentrée 2009, 3 postes de médiateurs scolaires nous ont été accordés : ils n’ont pas été renouvelés à la fin de leur contrat 1 an après. Or, la suppression des 3 postes de CAE médiateurs de la réussite scolaire a un impact non négligeable sur le fonctionnement du service Vie Scolaire. Dans notre collège, il ne s’agissait pas pour ces personnels d’assurer des missions de vie scolaire "classiques" mais d’apporter une réelle plus-value à notre projet éducatif. Pendant un an et demi, nous avons pu mettre en oeuvre le dispositif SAS (Structure d’Accompagnement à la Sanction), et accompagner ainsi plus efficacement les élèves sanctionnés d’une exclusion temporaire de l’établissement. Tout en bénéficiant d’une nécessaire continuité pédagogique, les élèves exclus profitaient aussi d’une action de
remédiation, essentielle au bon traitement de leurs difficultés scolaires et de comportement. La dimension à la fois éducative et pédagogique de cette structure est essentielle dans un établissement comme le nôtre. Certes le SAS continue de fonctionner en cette rentrée, mais au détriment du service vie scolaire, qui se voit ainsi "amputer" de 3 de ses personnels qui ont accepté d’assurer cette prise en charge par roulement. Devra-t-on choisir entre un encadrement et une surveillance de qualité, au détriment d’une prise en charge efficace des difficultés de nos élèves ?

En outre, depuis la rentrée 2010, les élèves du collège PMF ont aussi vu disparaître l’accueil quasi permanent qui leur était offert au foyer du collège, faute de pouvoir disposer cette année du personnel chargé de mettre en oeuvre l’animation éducative dans notre établissement. Lors de notre dernière entrevue avec M. Moya, nous nous étions félicités du retour progressif d’un "climat pacifié" au collège PMF. Aujourd’hui, faute de personnel, les actions y ayant contribué sont considérablement remises en cause, et chacun peut déjà en constater les effets.

Concernant la classe relais du Collège Pierre Mendès France, ce sont
encore 4 heures de fonctionnement qui ont été perdues cette année : en
11 ans de fonctionnement de cette classe, 15 heures ont été progressivement retirées ! Pour « le passage des 46 heures de dotation
aux 40 heures » , les cours du mercredi matin ont dû être supprimés ; puis avec 36 heures, nous avons été obligés d’annualiser les heures des professeurs (ils n’interviennent donc plus sur les inter-sessions pour rencontrer les familles et les jeunes, ils ne font plus de visites de stage ou de rencontres avec leurs collègues, professeurs référents) ; avec 32 heures, la présence d’adultes cadrants et à l’écoute diminue encore, ainsi que la diversité des matières enseignées. Or, les jeunes accueillis sont d’un niveau scolaire très bas et dans un mal-être important…

Ces dysfonctionnements témoignent d’une grave crise du service public
d’éducation. Quel manque de considération à l ‘égard des usagers, les enfants et leurs parents. Quel abandon marqué à l’égard des territoires les plus défavorisés - bien loin de l’idéal d’égalité républicaine cher à Jules Ferry. Souhaite-t-on ainsi favoriser le départ des élèves qui le pourront vers l’enseignement privé ? De nombreux élèves et parents témoignent déjà de leur malaise et de leurs difficultés à suivre un enseignement correct dans de telles conditions. Vous priant de bien vouloir accorder à ces enfants qui sont le socle de l’avenir de la nation, la considération que le service public leur doit, nous vous prions d’accepter, Madame, Monsieur, l’expression de notre respect distingué et de notre inquiétude.

Pour l’équipe éducative
Les membres élus au Conseil d’Administration »