Le SNES-FSU a toujours été opposé à l’instauration du dispositif ECLAIR, installant dans les établissements des innovations et des expérimentations allant dans le sens d’une plus grande autonomie de décision des chefs d’établissement et d’une déréglementation des statuts des personnels.
Le rectorat de Rouen avait été plus loin l’an dernier dans la déréglementation puisqu’il avait mis en place des mesures discrimantes empêchant le versement de la part modulable de la prime éclair à certains enseignants.

Cette prime ECLAIR est censée récompenser l’investissement des collègues dans les innovations et les expérimentations liées au statut ECLAIR, avec une part fixe équivalente à l’ancienne la prime ZEP, et une part variable distribuée en fin d’année scolaire. Au cours des deux dernières années, les pratiques ont été différentes selon le rapport de force dans les établissements.

Dans certains, le choix a été fait d’une répartition égale entre les collègues, sans barème, ni grille d’évaluation de l’investissement des uns et des autres, considérant que tous étaient à égalité face aux difficultés inhérentes à l’exercice de leur métier dans ce type de collèges ou de lycées.

Malheureusement, dans de nombreux autres établissements, les chefs d’établissement se sont emparés de cet outil de « management » pour créer des outils d’évaluation le plus souvent baroques et peu compris des collègues afin de pouvoir attribuer une prime différente ( selon 3 paliers) récompensant plus ou moins les uns et les autres. Dans les salles des profs, l’inégalité de prime provoque de fortes réactions et dégrade la cohésion des collègues.

Ces inégalités ont été renforcées pour 2012-2013 par une circulaire académique de ventilation des services qui précisait que la prime ne pourrait pas être versée aux collègues percevant des ARE non statutaires, comme les heures de chorale, ou la coordination d’EPS, qui sont pourtant des dispositions rentrant dans les services des enseignants concernés. Certains chefs d’établissement ont fait le choix (sur conseils très officieux du rectorat), pour pouvoir verser la prime aux collègues touchés par cette nouvelle disposition académique, de ne pas déclarer dans les VS les heures de chorale ou de coordination.

Ce choix semble très dangereux, puisque il fait disparaître de manière officielle ces heures, au risque que le rectorat s’empare de ces « non-déclaration » pour réduire ensuite les Dotations, prenant prétexte que la chorale n’existant pas l’an passé, il n’y a pas besoin de la doter pour l’année suivante.

D’autres chefs d’établissement ont refusé cette magouille, ont déclaré les ARE non-statutaires, mais se sont vus dans l’impossibilité de verser la prime ECLAIR aux collègues concernés en fin d’année scolaire, le rectorat leur conseillant (toujours aussi officieusement) de rémunérer ces enseignants en HSE, à hauteur de la prime ECLAIR versée aux autres.

Et pourtant, le Conseil d’État, dans une décision du 24/06/2013, rappelle que « tout service supplémentaire mérite une rémunération ». Il semblerait donc que les collègues pénalisés et n’ayant pas perçu la part modulable de la prime ECLAIR puissent se tourner vers leur chef d’établissement et leur demander si une circulaire académique peut aller à l’encontre d’une décision du Conseil d’État ?