Le projet de réforme présenté par NVB pour la rentrée 2016 est dans la continuité des choix initiés par Allègre en 1999, qu’ont ensuite poursuivis Fillon en 2005 et Chatel en 2010 : la soustraction d’heures d’enseignements disciplinaires au profit d’accompagnement personnalisé et d’activités interdisciplinaires aux contours flous dont la définition est renvoyée au local, un pilotage accru des EPLE par les chefs d’établissement au nom d’une « autonomie » qui n’assure plus de cadre national à nos élèves et le massacre orchestré de l’enseignement des LV.

Le contexte

Contrairement à ce que les services de communication des ministres de l’EN successifs clament haut et fort, nous ne sommes pas uniquement des réactionnaires arc-boutés sur nos convictions sclérosées, incapables de remettre notre enseignement en question ni de nous adapter à nos élèves. Nous souhaitons une véritable réforme du collège comme du lycée qui ne soit pas dictée seulement par des impératifs économiques et politiciens, une réforme où les termes de « formation initiale », « formation continue », « heures de concertation » ne sont pas des coquilles vides.

Quelle démagogie que de présenter à longueur d’interviews les enseignants comme des fossiles intellectuels ayant doublement accaparé le système scolaire et ce au profit d’eux-mêmes et de leurs seuls enfants. A ce titre,l’interview par Télérama de Christophe Prochasson, actuel recteur de Caen, est particulièrement représentative du mépris de l’actuel gouvernement à l’égard de ceux qui sont tous les jours devant les classes.

Langues vivantes : le massacre orchestré

Il est de notoriété publique que les élèves (et les adultes) français sont mauvais en langues vivantes. Mais comment pourraient-ils devenir autonomes dans une ou plusieurs langues étrangères au vu des conditions dans lesquelles on les leur fait apprendre ? Est-ce en enjoignant à des professeurs des écoles, non formés dans les premiers temps, d’enseigner les bases de l’anglais que l’on fera progresser les petits Français ? En supprimant une heure de LV2 au lycée en 1999 au profit des TPE ? En supprimant la formation initiale des enseignants sous Chatel ? En entassant jusqu’à 30 élèves par groupe au collège et 35 au lycée ? Et maintenant en introduisant la LV2 en 5e mais à raison de 2,5h par semaine ? Quand un ministre comprendra-t-il qu’en dessous de trois heures hebdomadaires on ne peut parler d’un enseignement de LV ?

En lycée, les groupes de compétence n’ont été qu’un outil pour les chefs d’établissement pour optimiser des moyens en constante diminution mais les élèves n’en ont retiré aucun gain. Certes, les grilles d’évaluation au baccalauréat - et les injonctions des inspections de LV - permettent aux élèves de décrocher des notes correctes en LV à l’examen mais cela ne leur garantit nullement un niveau suffisant pour suivre convenablement dans le supérieur, à l’heure où la mobilité des étudiants et des actifs est de rigueur. Ce sont au final les entreprises qui financent à coup de stages intensifs la formation en LV de leurs employés, ceux-là même qui ont peut-être réussi haut la main les épreuves de LV du bac.

Diversité linguistique ? : morituri te salutant

Contrairement à ce que la ministre affirme, supprimer les classes bilangues et européennes (ces dernières perdurant au lycée...) revient bel et bien à mettre en péril l’enseignement de l’allemand et des langues à faible diffusion empêchant une offre linguistique diversifiée en France.

Les collègues de l’ADEAF ont fait les calculs :

A titre d’exemple, dans les collèges dans lesquels l’enseignant(e) d’allemand a un service de 16h actuellement (une classe bilangue de la 6° à la 3° (12h) et une section européenne à partir de la 4° (4h) ), ce service serait de 7h30 si la réforme s’appliquait.

D’un point de vue strictement DRH, les rectorats vont donc devoir trouver de quoi « employer » ailleurs ou autrement de nombreux collègues d’allemand, déjà fragilisés par des services partagés épuisants. Adieu échanges et voyages, la belle amitié franco-allemande aura vécu. Les collègues apprécieront, qui tous les ans se rendent inlassablement dans les écoles primaires pour faire la promotion de l’allemand, se battent pour maintenir la LV2 quand leur principal les somme de choisir entre 4e LV2 et 6e bilangue, portent des projets pédagogiques et des programmes d’échanges collectifs ou individuels avec leurs collègues allemands, font vivre les jumelages...

Sans être la panacée, les classes bilangues ont vu le jour il y a une dizaine d’années suite à la généralisation de l’enseignement de la première langue vivante à l’école élémentaire. C’est en effet cette généralisation, sans moyens et sans formation digne de ce nom pour les enseignants du primaire, accompagnée de l’interdiction pour les élèves de changer de langue vivante à l’arrivée en 6e, qui a accéléré la chute du nombre de germanistes et de russophones dans l’académie dans le secondaire. Ainsi les élèves ayant dans leur immense majorité débuté l’apprentissage de l’anglais à l’école élémentaire (soit par choix, soit parce qu’aucune autre possibilité ne s’offrait à eux) continuaient automatiquement en 6e. C’est pour répondre à cette situation absurde, créée de toutes pièces par l’éducation nationale, que les classes bilangues ont été créées.

Confondant ambition et élitisme, la ministre jette le bébé avec l’eau du bain avec une arrogance assez stupéfiante. Non, les classes bilangues et européennes ne sont pas élitistes par nature mais ont permis au contraire de maintenir dans des établissements difficiles ou ruraux une diversité linguistique ouverte à tous et par là même une certaine mixité sociale.

Sans avoir peur du ridicule la ministre prétend maintenant développer l’enseignement de l’allemand à l’école élémentaire ! Non les parents n’inciteront pas leurs enfants à choisir l’allemand à l’école élémentaire, non, les postes d’allemand, même créés par milliers, ne seront pas pourvus, faute d’étudiant. La boucle sera donc bouclée.

Oui, le collège a besoin d’une réforme, mais pas de celle-là !

Oui, les élèves ont besoin d’apprendre des LV, mais pas comme ça !

La section SNES de Rouen appelle les collègues à se mettre massivement en grève le 19 mai et soutiendra par sa présence le rassemblement organisé par les professeurs d’allemand de l’Académie le mercredi 20 mai 2015.

Pour poursuivre la réflexion, cette page du site national du SNES FSU.

Le secteur LV du SNES-FSU de l’Académie de Rouen