CA académie de Rouen – lundi 13 décembre 2010
Texte Ecole émancipée

Si nous avons réussi à maintenir l’unité intersyndicale lors de ce grand mouvement contre la réforme des retraites, si nous en sortons la tête haute, si nous n’avons pas échoué, nous n’avons pas non plus remporté une victoire. Grâce à notre mobilisation, la population a pris conscience que toute la politique de ce gouvernement était à remettre en cause, qu’il oeuvrait en faveur des riches, au détriment des classes les plus fragiles, que c’était un gouvernement de guerre sociale qui mettait en place une réforme injuste. Il n’empêche : la réforme passe et elle préfigure d’autres destructions - à commencer par celle de la sécurité sociale à travers la loi dépendance. D’autres combats seront bientôt à mener ; l’unité syndicale est indéniablement un facteur de réussite dans la conduite du mouvement ; mais cette unité n’a pas permis à elle seule de gagner, il a manqué une réelle volonté d’en découdre, d’aller à l’affrontement, et de faire plier ce gouvernement. Pour les luttes à venir, l’unité ne doit pas être le prétexte à s’aligner sur le moins-disant ; l’appel à la manifestation nationale, à la reconduction de la grève et à sa généralisation, tout cela au niveau de l’intersyndicale, nous a manqué ; il faudra s’en souvenir pour l’emporter la prochaine fois.

Dans l’éducation, la situation est catastrophique, et l’avenir est sombre.

L’autonomie s’installe à tous les niveaux du système éducatif, distillant concurrence et inégalités, et laisse chaque établissement, chaque collègue chaque jour plus seul.
Les établissements CLAIR en constituent une illustration flagrante (postes à profil, hiérarchie intermédiaire avec les préfets des études, carrière au mérite, déréglementations à tous niveaux, contenu d’enseignement limité au socle) ; le Snes sera vigilant face aux tentatives de généralisation du label à tous les établissements RAR ou RRS, et informera les collègues pour qu’ils refusent, en CA, avec les parents d’élèves, une telle stigmatisation.

Actuellement, les collègues de collèges subissent des pressions (de la part des chefs d’établissement et des IPR) pour mettre en place le LPC et pour évaluer, dès le second trimestre, les élèves par compétences ; le Snes est opposé à l’évaluation exclusive par compétences, et par la notion de socle commun qu’elle sous-tend ; il a depuis 2005 dénoncé la loi Fillon et ne cesse de la combattre ; il appelle donc les collègues à ne rien se laisser imposer et à refuser de renseigner le livret pour l’instant ; il informera les collègues de leurs droits dans ce domaine, leur fournira du matériel argumentatif et animera des HIS et des stages pour les outiller contre ce qui représente, à travers le LPC, une modification en profondeur de rôle et de la finalité du système éducatif.

Depuis la rentrée, la situation des enseignants stagiaires est catastrophique : ils sont privés d’une formation digne de ce nom, démunis devant la réalité d’un métier qu’ils découvrent et auquel ils n’ont pas été préparés, épuisés par un temps complet devant élèves, et parfois en souffrance, d’autant plus lorsqu’ils sont en ZEP, ou encore très éloignés d’un tuteur... Pour les élèves, le constat est également négatif, puisqu’ils ont devant eux des enseignants non formés, et qui de plus changent au cours de l’année ; en effet, l’arrivée en cours de second trimestre d’étudiants de M2 pour remplacer les actuels stagiaires est scandaleuse, pour les élèves, comme pour les étudiants : le Snes dénonce cette situation, et il appelle les collègues à refuser d’être tuteur de ces étudiants (ce qui reviendrait à entériner définitivement la réforme) ; il mènera une campagne auprès des étudiants, auprès des collègues, pour expliquer ses positions.

En lycée, c’est aussi la débâcle avec la mise en œuvre de l’accompagnement personnalisé. Chacun fait « à sa sauce », avec les horaires dont il dispose. Quant aux enseignements d’exploration, les collègues comme les élèves peinent encore à en comprendre la réelle finalité pédagogique.

Pour ce qui concerne les remplacements, ici et là, dans certaines académies, on demande à des TZR d’enseigner des matières « connexes », à des professeurs des écoles non affectés de faire des remplacements en collège.

Nos conditions d’enseignement aussi bien que l’offre éducative se dégradent à tous les niveaux : suppression de postes, augmentation du nombre d’élèves par classe, agrandissement des ZR en Seine-Maritime, suppression à A Briand (Évreux) ou à Schuman (Le Havre) des classes prépa... Une telle décision précipiterait un lycée comme Schuman vers une ghettoïsation plus importante encore.
Pour la rentrée 2011, les conditions vont encore se dégrader : alors que le second degré renoue avec une démographie en hausse, il fera les frais, une nouvelle fois, d’une politique d’austérité honteuse : 16000 suppressions de postes dans l’EN, la moitié dans le second degré ! Le budget qui nous est imposé ne permet pas au service public d’éducation de remplir ses missions, nous devons donc le combattre avec fermeté.

Le groupe des 25 a décidé d’une action nationale sur l’éducation le 22 janvier 2011, pour protester contre ce budget ; c’est une décision unitaire, qui regroupe toutes les organisations syndicales, premier et second degrés, supérieur, mais aussi les associations de parents d’élèves et les mouvements pédagogiques ; obtenir la décision d’une action unitaire est donc un bon moyen de dire notre opposition aux politiques éducatives actuelles ; mais est-ce réellement le moyen de les combattre ? Le groupe des 25 n’a, à ce jour, pas défini les modalités d’action du 22 janvier ; la manifestation nationale, réclamée par la FSU, n’a donc, plus le temps passe, que peu de chances de voir le jour (certaines OS y étant farouchement opposées) alors que c’est pourtant ce que nous devons continuer à exiger car elle est nécessaire dans la construction du rapport de force ; allons-nous réellement peser sur ce gouvernement en organisant quelques rassemblements éduc en régions, le samedi après-midi... ?

C’est la raison pour laquelle le Snes, avec la FSU, doit prendre des décisions pour janvier :

 il proposera, avec la FSU, aux OS une journée nationale de grève au moment des DHG et des cartes scolaires dans le 1er degré pour lutter contre le budget 2011 et imposer un collectif budgétaire et l’organisation d’une manifestation nationale rapidement.

 il appelle tous les collègues à refuser dès maintenant les heures supplémentaires

 il appelle les collègues à refuser d’être tuteur des étudiants en M2

 il appelle les collègues à refuser de renseigner le LPC

 il appelle les collègues à dénoncer le dispositif CLAIR pour ceux qui y sont associés, à en demander la sortie ; pour les autres (RAR, RRS), il les appelle à refuser ce label.

Depuis la rentrée, la question éducation a été un peu mise à l’écart, face à la priorité de mener une action contre la réforme des retraites. Désormais, nous devons nous emparer rapidement de cette question.

Contexte européen :
La situation économique est dramatique en Europe ; la crise est étendue, et ne semble pas, contrairement à ce que prétendent les discours politiques, arriver à son terme. Les capitalistes européens utilisent même cette crise qu’ils ont créée pour s’attaquer aux acquis sociaux. Certains pays sont plus touchés que d’autres par des politiques d’austérité (Grèce, Irlande, Portugal) qui frappent en premier lieu les populations les plus fragiles, et qui attaquent très violemment les services publics, ou ce qu’il en reste...
Face à cela, la CES appelle à une journée européenne d’action le 15 décembre, afin de protester, partout en Europe, contre les politiques d’austérité en cours.
Le Snes prendra toute sa place dans cette initiative ; néanmoins, il en souligne les limites : les politiques d’austérité auraient mérité une réaction des salariés des pays européens à la hauteur de l’attaque, et des rassemblements un mercredi, sans appel à la grève, sans centralisation, risquent de n’avoir aucune lisibilité et aucun impact...
Actuellement, la FSU consulte ses instances pour savoir si elle est autorisée à demander son adhésion à la CES : il est évident que les politiques que mène l’Union européenne nécessitent un syndicalisme à l’échelle européenne, et que la CES est la seule structure qui existe aujourd’hui... Y adhérer reviendrait pourtant à se rallier au « mieux que rien » : en effet, cette confédération, qui fait un travail institutionnel bien plus qu’elle n’organise un syndicalisme de lutte, peut-elle nous être utile ? Alors que nous menions un mouvement qui reposait en partie sur le blocage économique, comme à l’automne dernier, qu’a fait la CES pour empêcher que le blocage soit contourné par l’arrivée de carburants de l’extérieur de nos frontières, alors que cela a été possible, par exemple, aux syndicats belges ? A ce moment du mouvement, la CES a raté une occasion de faire la démonstration de son efficacité au plan européen...