2 septembre 2010

COLLÈGES/LYCÉES

Vers la dérèglementation : les établissements CLAIRs très OBSCURs !

Sous prétexte de lutter contre la violence en milieu scolaire, le Ministère a labellisé 105 « Collèges Lycées Ambition Innovation Réussite » dans 10 académies pour la rentrée 2010.

Ceux-ci sont connus par la circulaire du BO n°29 du 22 juillet qui met en place ce dispositif.

Dans notre académie, 10 établissements sont concernés :

Dans l’Eure :

- collège Politzer (Évreux)

- lycée des Fontenelles (Louviers

En Seine Maritime :

- lycée professionnel Fernand Leger (Grand-Couronne)

- lycée professionnel Val de Seine (Grand-Quevilly)

- lycée et le LP Schumann (Le Havre)

- collège Varlin (Le Havre)

- collège Henri Wallon (Le Havre)

- LP Colbert (Petit-Quevilly)

- collège Braque (Rouen)

Ces décisions ont été prises sans informer ni les parents ni les équipes éducatives. Il n’y a pas eu non plus de votes en CA. Ce nouveau label a été élaboré sans avoir posé de diagnostic sur la situation à traiter.

Ces établissements cumulent tous les dispositifs d’expérimentation.
Par exemple, le lycée Schumann du Havre est à la fois lycée d’excellence et CLAIR. Pourtant, les problèmes de cet établissement demeurent entiers. Aucune réponse n’a été apportée aux demandes en moyens humains formulées par les personnels. Décidément non ! Une politique de communication comme la multiplication des dispositifs masque mal l’abandon d’une véritable politique au service des quartiers populaires lourdement frappés par la crise.

C.L.A.I.R. : mode d’emploi

Les CLAIR, qui seront généralisés dès la rentrée 2011, ont « vocation à se substituer aux dispositifs d’éducation prioritaire », ce qui permettra alors de justifier un nouveau dynamitage de la carte des ZEP et préfigurer une évolution générale dans la « gouvernance » et l’organisation des collèges.

C’est donc dès maintenant qu’il faut se mobiliser !

Les mesures qui seront développées dans les établissements désignés visent en effet à renforcer l’autonomie des établissements.

- Ainsi, il s’agit tout d’abord de recruter les personnels localement sur profil. Les postes vacants de ces collèges et lycées seront bloqués par les rectorats pour y installer les enseignants, TZR et même contractuels. Ceux-ci seront recrutés pour 5 ans par le chef d’établissement dans le cadre d’une lettre de mission.

Les lettres de mission seront différentes selon les établissements (en lien avec le contrat d’objectif de l’établissement ), mais aussi selon les collègues, qu’ils aient été recrutés dans le cadre de ce programme CLAIR par le chef d’établissement ou bien nommés dans le cadre du mouvement ou en poste depuis plusieurs années. Elles feront figure de contrat et seront la base de l’évaluation des personnels. La circulaire est d’ailleurs édifiante : ceux qui n’adhèrent pas au programme seront poussés dehors.
Ici, c’est toute la question de l’évaluation des enseignants au mérite et la remise en cause du contrôle paritaire (plus de note ni d’élément objectif).

Les collègues ainsi recrutés n’auront plus un véritable statut de professeur défini nationalement mais seront assujettis à des contraintes particulières stipulées dans un contrat local. On peut légitimement s’interroger sur les conséquences sur leurs carrières.

Les référents des RAR sont dans ce cadre depuis 2006 ; certains ont été licenciés avant le terme de leur lettre de mission de 3 ans parce que le chef d’établissement considérait qu’ils ne remplissaient pas les objectifs et missions assignés : les référents concernés n’obtempéraient pas aveuglément à la ligne fixée par le chef.

- Les établissements concernés seront amenés à faire éclater toutes les règles nationales en matière de programmes (focalisation sur le socle commun en collège par exemple),
d’horaires (avec par exemple la possibilité de réduire le temps de cours à 50 voire 45 minutes)
ou d’organisation pédagogique et éducative.
Ceci supprime toute égalité territoriale et va instaurer une « école dérogatoire » pour les classes populaires et les plus défavorisées.

- Les CLAIR inventent les préfets des études : ils auront « l’entière responsabilité sur le plan pédagogique et éducatif » d’un niveau, et seront choisis parmi les CPE ou les enseignants. Ceci risque à la fois de fragiliser le corps des CPE et d’étendre les missions des enseignants. La circulaire stipule que "Les responsabilités de préfet des études constituent des fonctions nouvelles auprès du chef d’établissement
qui doivent pouvoir être valorisées dans la perspective d’un accès aux corps des personnels de direction". Ceci montre bien qu’il faudra démontrer sa conformité pour accéder à cette mission et qu’il faut s’inquiéter du rôle accru des chefs d’établissement dans le cadre de l’autonomie des établissements.

Dans ces établissements, il faut que les collègues exigent collectivement la consultation du CA et l’accord des équipes. Ils doivent en outre être informés de tous les tenants et aboutissants de cette réforme !