1er septembre 2010

ACTUALITES

Contribution d’Ecole Emancipée au débat sur les livrets de compétences

LPC : Livret Personnel de Compétences

NON, nous ne le renseignerons pas !

Le Snes a lancé une consultation auprès de la profession pour savoir comment les équipes envisageaient de résister au LPC (Livret personnel de compétences). En période de rentrée scolaire et qui plus est de rentrée sociale, où la mobilisation a pris tout le temps des personnels, à l’EE nous jugeons que cette consultation sera bâclée si la date des remontées est maintenu pour le 14 septembre : comment le Snes pourra-t-il adopter une position syndicale qui soit le reflet de la profession en si peu de temps ? Pourtant, le Snes a raison de lancer la réflexion sur ce dossier, et de chercher à aider les collègues en adoptant une consigne nationale : c’est en effet un mot d’ordre clair et national dont les collègues ont besoin !

S’opposer au LPC

Le LPC va représenter une charge de travail supplémentaire considérable pour les équipes, mais il y a pire … Le LPC est inutile au niveau pédagogique, il ne permettra pas de faire progresser les élèves, il cantonnera au mieux à une appréciation positive des « savoir-être » les élèves les plus faibles à qui l’on fera croire, en valorisant leur comportement, qu’ils accèdent à la réussite… Et le LPC permettra d’effectuer un tri, une sélection des élèves très tôt dans leur scolarité, et un fichage qui les conduira directement au marché du travail …et aux « compétences » attendues dans le monde de l’entreprise, ou de pôle emploi…

Le LPC ne s’arrête pas là : contrairement aux dispositifs qui sont installés de façon pernicieuse (comme la NVS, le B2I), celui-ci revêt une tout autre dimension : avec l’approche par compétences, le recentrage sur le socle commun, la mise au second plan de la notion même de connaissances, c’est le système éducatif dans son entier qui se voit remodelé, et c’est le sens et la finalité de l’école qui sont modifiés… Une école où l’on formate des comportements, où l’on fabrique des travailleurs dociles et flexibles, où l’on renonce à former des citoyens éclairés et émancipés : nous n’en voulons pas.

Que faire ?

Discuter avec les collègues le temps qu’il faudra pour les convaincre et informer les parents ; l’échéance pour renseigner le LPC, c’est le conseil de classe du premier trimestre, donc argumentons d’ici-là, et continuons ensuite ! Il ne sera jamais trop tard pour faire revenir le MEN en arrière sur ce dossier.

Démontrer ensuite, à force d’arguments, la nocivité de ce dispositif ; cela ne peut aboutir qu’à une seule décision : refuser collectivement de renseigner le LPC.

Le Snes met en avant les risques inhérents à une telle démarche dans sa présentation des différentes options pour y résister ; certes, jusqu’à cette année, il était facile d’ignorer le socle dans le cadre de son enseignement, désormais cela deviendra un acte militant. Et si tout acte militant comporte une part de risque, il s’agit d’en relativiser la portée : si cet acte répond à une consigne syndicale, et si l’action est collective, le risque est pratiquement nul !

De toute façon, nous n’avons pas le choix : nous ne devons plus accepter de faire n’importe quoi dans notre métier, il faut qu’on reprenne la main…Certes, le LPC est obligatoire pour la validation du DNB, mais n’oublions pas que les chefs d’établissements ont autorité pour modifier nos validations (ôtant toute crédibilité à l’enseignant et à l’évaluation elle-même !), ils peuvent donc valider les livrets pour le brevet (et ils le feront, comme ils l’ont fait pour le niveau A2 en LV). Il n’est donc pas possible de jouer le jeu d’un remplissage quelconque !

Pour le principe, et pour gagner !

Cette bataille est complexe, elle implique les personnels dans un acte de désobéissance, ce qui n’est jamais un acte facile. En face de nous, le MEN n’est pas en position de force ; les expérimentations menées dans d’autres pays sont contestées, et en France, les personnels n’en veulent pas. Pourtant, l’enjeu pour lui est important (faire que l’école s’adapte à la réalité de la vie quotidienne avec un côté utilitariste : il faut faire que l’école permette « l’employabilité » des élèves.) ; il ne va pas renoncer facilement.

La lutte sera âpre, longue et sans doute difficile : mais nous devons la mener car nous avons raison !