Implantation des enseignements de spécialité : ni liberté de choix, ni équité territoriale

A l’heure où le gouvernement affiche sa prétendue volonté de renouer le dialogue social, les enseignants de nombreux lycées ont été informés par leur chef d’établissement des propositions relatives à l’implantation des enseignements de spécialité de Première, alors même que les instances consultatives des organisations syndicales ne se sont pas encore tenues.

Le SNES-FSU a donc décidé de publier dès à présent les documents de travail du CAEN (voir documents ci-dessous) afin d’en informer la profession. Ces informations ne sont pas définitives et pourront notamment évoluer à l’aune des mobilisations des équipes.

Depuis de nombreux mois, la communication ministérielle sur la réforme du lycée met en avant la liberté offerte aux élèves de choisir leur enseignement ainsi que la volonté de renforcer l’attractivité de certains lycées et de certaines disciplines. Pourtant, les implantations décidées par le rectorat montrent que l’offre de formation de certains établissements sera considérablement restreinte.

D’une part, les 7 spécialités « les plus classiques » (Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences politiques ; Humanités, Littérature et Philosophie ; Langues, Littératures et Cultures étrangères ; Mathématiques ; Physique-Chimie ; Sciences de la vie et de la Terre ; Sciences économiques et sociales) ne seront pas implantées dans tous les lycées de l’académie, obligeant les élèves qui souhaiteraient les suivre à se déplacer dans un autre établissement ou à recourir au CNED.
D’autre part, les élèves des lycées isolés n’auront pas forcément accès à toutes les spécialités, même dans un « périmètre raisonnable ». Par exemple, les élèves du lycée Guillaume Le Conquérant de Lillebonne n’auront pas la possibilité de suivre la spécialité SES (à moins d’accepter de se déplacer au lycée de Fécamp ou dans un lycée du Havre, tous situés à 40 km).

Le rectorat prétend que « les enseignements de spécialité les plus courants sont maintenus dans les établissements qui les offraient dans la carte des séries précédentes ». Pourtant, le lycée Schuman-Perret ne proposera pas la spécialité SES alors qu’actuellement la série ES y est implantée.

Certaines spécialités « classiques » sont moins implantées que d’autres : si les spécialités Mathématiques ; Physique-Chimie ; Sciences de la vie et de la Terre sont implantées dans tous les lycées, les spécialités Humanités, Littérature et Philosophie et Langues, Littératures et Cultures étrangères (LLCE) ne le sont pas dans respectivement 13 et 11 établissements. Par ailleurs, rien n’est dit sur la possibilité quand la spécialité LLCE est implantée de la proposer dans plusieurs langues. Le risque est grand que l’enseignement de l’Espagnol et de l’Allemand se réduise à celui du tronc commun.

La carte des spécialités ainsi proposée dans notre académie rend compte de l’objectif non avoué par le gouvernement mais directement imposé par les attendus de l’enseignement supérieur : une orientation précoce où les disciplines scientifiques largement représentées dans les lycées sélectionneront les élèves dans une voie royale qui n’aura plus la diversité de la série S (et son cortège d’options) mais en accentuera toute la suprématie.

Qu’en est-il des enseignements plus spécifiques dans notre académie ?

La spécialité Numérique et Sciences informatiques (NSI) est implantée dans 19 lycées de l’académie.
Actuellement, au vu des projets de programme, aucun enseignant n’est en mesure de l’assurer. Le rectorat fait appel à candidatures et propose que deux enseignants volontaires dans chaque établissement concerné, suivent une formation universitaire pendant deux ans. Pas de CAPES, pas d’agrégation mais une formation dont on ne connait rien et dont on ne sait pas si elle trouvera candidats parmi des professeurs de Sciences, de Mathématiques…
L’offre proposée n’est donc qu’une vaste campagne démagogique qui se veut novatrice mais qui n’a pas été anticipée.

Un flou est savamment entretenu pour la spécialité Littérature, Langues et Cultures de l’antiquité (LLCA), implantée dans 13 lycées de l’académie, et l’option facultative latin.
Une note précise que « Les nombreux lycées qui ont demandé l’enseignement optionnel du latin pourront proposer aux élèves qui le demanderont à suivre le latin en tant qu’enseignement de spécialité. » Or, nous ne parlons pas du même enseignement, des mêmes programmes, des mêmes horaires (3h pour l’option, 4h en Première et 6h Terminale pour la spécialité), des mêmes coefficients ou encore des mêmes modalités d’évaluation et d’épreuves au bac.
La spécialité a vocation à être financée, l’option ne l’est pas.
Dans les lycées où l’option est implantée mais pas la spécialité, le risque est grand de devoir prendre 4h de plus (1h en 1re et 3h en Tle) sur la marge pour compenser la différence horaire entre option et spécialité.

Par ailleurs, la spécialité Arts du cirque ne sera pas implantée dans l’académie, obligeant les élèves qui souhaiteraient suivre cet enseignement à quitter à cette dernière… ou à renoncer à ce choix.

La liberté de choisir ses enseignements mise en avant par le ministre Blanquer pour justifier sa réforme apparaît pour ce qu’elle est : un leurre !

Enfin, les établissements dans lesquels les spécialités implantées correspondent aux enseignements actuellement dispensés ne doivent pas se réjouir trop vite. En effet, les dotations horaires allouées seront calculées sur la base de 35 élèves par spécialité. Ainsi les possibilités de dédoublements devront être pris sur la marge horaire (8 h par division de Première) qui doit aussi servir à financer l’AP, l’accompagnement à l’orientation, les options, la DNL, etc… Il n’y en aura pas pour tout le monde !

Nous invitons les collègues à nous faire part de leurs remarques ou questions à rouen@snes.edu

Les spécialités dans les lycées de l’académie