16 février 2010

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L’Inspection Générale Etablissement et Vie scolaire annonce un nouveau protocole d’inspection

Le projet de protocole d’inspection avancé par l’Inspection générale suscite un certain nombre de craintes quant à l’avenir de la profession. L’élève est en effet complètement absents de ce protocole...

La légitime attente de beaucoup de collègues CPE de clarification quant aux demandes des inspecteurs lors d’une visite de ces derniers trouvera t’elle une réponse dans le protocole présenté au Snes par l’Inspection générale. Rien n’est moins sur tant les items retenus ne peuvent correspondre à la façon dont la majorité des collègues exercent leur métier au quotidien dans l’intérêt des élèves.

En outre, si ce protocole s’inscrit dans le cadre de l’abandon de la note chiffrée, afin de constituer un levier pour la remise en cause des garanties collectives quant à l’encadrement des procédures d’évaluations, ainsi que dans un processus arbitraire de désignation des promus à la hors classe et des rythmes d’avancement d’échelons, les collègues et le Snes ne peuvent y souscrire.

Les items proposés s’inspirent fortement du texte de l’IG Delahaye de 2006 (en dépit de la réfutation de l’Inspection générale lors de l’audience).

« Piloter le service » plutôt qu’éduquer ?

Que le premier item présenté soit « assumer le pilotage du service de la vie scolaire » n’est pas sans nous faire craindre que le métier soit décentré de la mission essentielle du suivi de l’élève au profit de mission de management. L’organisation du service présente dans la circulaire de 1982 fait parti des missions du CPE. Cette dernière est devenue au fil de la multiplication des contrats précaires pour succéder aux MI/SE de plus en plus difficile et « chronophage ».

En effet, malheureusement, dans ce domaine d’action, la contribution réelle du CPE relève plutôt de la gestion de la précarité liée à la fois à la nature des contrats des personnels de vie scolaire et du manque de personnel de surveillance dans les établissements que du « pilotage de service ». En réalité, vouloir faire de la gestion du service le premier item d’inspection des CPE, révèle que l’essentiel n’est plus de contribuer à l’éducation de tous les élèves et de les placer dans les meilleurs conditions de réussite et d’épanouissement personnel mais de faire fonctionner au mieux avec les moyens du bord les établissements scolaires en général et les services vie scolaire en particulier.

Ce protocole d’inspection est aussi à inscrire dans un contexte politique de désinvestissement du gouvernement dans le service public d’éducation ou on décide de faire disparaître peu à peu des spécialistes de l’éducation et de l’adolescence au profit de cadres intermédiaires et des conseillers techniques.

L’arrêt du recours à des personnels de plus en plus précaires et le retour à un statut d’étudiant/ surveillant serait à même de permettre aux CPE d’organiser le service dans l’intérêt de l’éducatif.

La création de postes d’étudiants surveillants et de Cpe serait aussi une meilleure réponse.

Affirmer une identité professionnelle ?

Le deuxième item « conseiller dans le domaine de la politique éducative le chef d’établissement et l’ensemble de la communauté éducative, y compris les parents » et le troisième « ; assurer avec les autres personnels le respect des règles de vie et du droit dans l’établissement » semblent vouloir affirmer l’identité professionnelle des CPE par la reconnaissance de leur expertise. Il conviendrait néanmoins de s’assurer que le Cpe ne devienne pas une sorte de « juriste des établissements » cantonné dans ce seul domaine au détriment là aussi de la mission de suivi des élèves.

Quelle politique éducative ?

Le quatrième item quant à lui fait référence à la politique éducative de l’établissement. Il conviendrait là aussi de définir ce qui est entendu par « politique éducative ». S’il s’agit de contribuer au « pilotage » de l’EPLE par des indicateurs et des objectifs chiffrés (par exemple baisser de façon arbitraire et déconnecté de toute réalité le taux d’absentéisme), ce serait encore une dénaturation de notre métier.

Le SNES est porteur d’une autre vision du métier qui place l’analyse qualitative au centre de ses préoccupations, loin de cette culture du chiffre et du résultat qui mine et détruit en ce moment même les services publics.

Responsabilités déléguées ou imposées ?

Enfin, il nous faut dire un mot du dernier item qui parle des responsabilités déléguées par le chef d’étavblissement. On comprend très vite que le CPE entre alors par la petite porte dans l’équipe de direction pour souvent faire ce que les chefs d’établissement ne souhaitent pas faire, et de surcroit sans aucune rémunération afférente. On est là dans la perspective de l’autoniomie des EPLE avec des missions qui pourront différer d’un établissement à l’autre. La logique à terme pourrait très bien amener à un profilage des postes...

Et le coeur du métier ?

Pour finir,nous tenons à réaffirmer que le suivi des élèves, notre contribution à l’éducation à la citoyenneté et l’animation des FSE, l’écoute et l’aide aux élèves en difficultés sont quasiment absent de ce protocole alors que cela constitue le coeur du métier.
Pourtant, nous sommes persuadés que la plupart des CPE sont entrés dans ce métier pour exercer ces actes éducatifs et non pas renoncer au quotidien dans leur pratiques à ces missions.
Nous aurions souhaité que l’inspection parle de ce travail là puisque c’est le notre, tout simplement.

Pour une réelle discussion

Le Snes réaffirme que ce protocole n’est pas la priorité de la profession dans une pèriode de difficulté d’exercice du métier. Non opposé au principe de clarification des inspections, le Snes demande donc à ce qu’une véritable discussion s’ouvre pour un protocole qui corrresponde vraiment à la façon dont les collègues exercent le métier au bénéfice des élèves.

Dans l’urgence, le Snes réitère sa demande de création de postes de CPE et « d’étudiants surveillants », pour stabiliser et renforcer les équipes.
Dans une société en perte de repères et d’espoir pour la jeunesse c’est par l’investissement dans l’éducatif et dans le service public que l’on peut retisser du lien collectif et par la même le lien social.