A défaut d’adapter le nombre de places en licence au nombre d’étudiants – ce qui supposerait des moyens supplémentaires, le gouvernement a fait le choix d’adapter le nombre d’étudiants au nombre de places en instaurant avec « Parcoursup » une sélection qui ne dit pas son nom.

Le gouvernement ment aux élèves et aux familles quand il prétend régler le « scandale APB », l’algorithme qui existait jusqu’ici, « coupable » des milliers de bacheliers sans affectation l’an dernier et du tirage au sort dans certaines filières. Comment en aurait-il pu être autrement lorsqu’on a 808 000 candidats inscrits en début de procédure sur APB, pour 654 000 places proposées dans l’ensemble des formations ?

Le problème n’est donc plus le nombre de places à l’Université mais les vœux « déraisonnables » des bacheliers… Avec une belle hypocrisie sociale : là où, dans certaines formations (prépas, médecine…), un taux élevé d’échec est une sorte de label de qualité (85% d’échec en PACES !), une garantie d’excellence, dans d’autres des taux d’échec bien plus faibles sonnent comme un gâchis insupportable de temps, de moyens, d’argent public.

Le gouvernement se moque des élèves et des familles quand il prétend mieux « éclairer les choix d’orientation » pour prévenir l’échec.

Les deux semaines de l’orientation médiatisées par le ministre à l’annonce de la mise en place de « Parcoursup » ?
Elles n’ont eu lieu nulle part.

La nomination d’un deuxième professeur principal ?
Comment avec la meilleure volonté du monde informer les lycéens des plus de 12 000 formations post-bac possibles, en oubliant qu’il s’agit-là d’un métier à part entière, celui de Psychologue de l’Education nationale, métier dont le rôle est totalement oublié et sous la menace d’un transfert aux Régions ?

Les « aides » à l’orientation en ligne ?
La presse s’est largement faite l’écho de la nullité des « fiches métiers » publiés sur le site terminales2017-2018.fr, sous l’égide du Ministère de l’Education Nationale, qui, il y a encore quelques jours, conseillait à celles et ceux qui aimaient "tenir un stand dans un vide-grenier" de devenir boucher. Ou de devenir pharmacien ou même enseignant-chercheur, à condition toutefois d’aimer "organiser des fêtes". Ou encore militaire... à condition de "savoir réparer les machines à laver"...

La publication d’ « attendus » nationaux et locaux ?
Certains sont très généralistes et n’éclairent en rien, d’autres très surprenants (comment évaluer « l’empathie », nécessaire pour entrer en médecine ?), certains sont inacceptables : l’engagement associatif est ainsi valorisé pour entrer en STAPS, alors même qu’il s’agit d’un engagement marqué par de très fortes inégalités sociales, et beaucoup d’autres ne visent qu’à décourager un maximum de demandes.
Et comment justifier l’existence d’attendus locaux, propres à chaque université, si ce n’est pour mettre en concurrence les universités entre elles ?

L’examen attentif des dossiers ?
La plupart des formations font savoir qu’elles n’en auront ni les moyens, ni le temps. Comment faire alors ? Par la mise en place, dans la plus grande opacité, d’algorithmes locaux pour trier et sélectionner ! APB, avec tous ses défauts, mettait au moins en œuvre un algorithme national...

La mise en place de « remises à niveau » pour prévenir l’échec (en cas de réponse « oui si ») ?
Là encore, de nombreux présidents d’Université ont d’ores et déjà fait savoir qu’il n’en serait rien, faute de moyens.

Le « dernier mot au lycéen » ?
C’était la promesse répétée en boucle pour endormir tout le monde. Il n’en est rien au vu des capacités d’accueil insuffisantes. Ce ne sont plus les lycéens qui choisissent leur formation mais bien les formations qui choisissent leurs lycéens. Et pour nombre de réponses, l’attente risque d’être longue : jusqu’au 21 septembre, c’est-à-dire, dans bien des cas, après la rentrée ! Il y a fort à parier que peu pourront, pour cause de logement, attendre si tard et devront renoncer avant à leur vœu préférentiel, faute de réponse dans des délais raisonnables. Et pour tous les futurs recalés de « Parcoursup », celles et ceux qui n’auront eu aucune réponse positive, une commission rectorale proposera une formation là où il restera de la place...

D’ici-là, le gouvernement voudrait que les professeurs participent à la sélection de leurs propres élèves en émettant un avis lors du conseil de classe du deuxième trimestre sur chacun des 10 vœux possibles des élèves et trient les élèves en fonction de leurs résultats en amont du baccalauréat. Nous nous y refusons. Le baccalauréat doit rester la condition nécessaire et suffisante pour accéder à la filière de son choix.

En complément de tout cela, la réforme annoncée du baccalauréat avec un nombre d’épreuves terminales réduit et un renforcement du contrôle continu qui mettrait fin au caractère national du diplôme, ainsi que la réforme du lycée, conçue autour de « menus », dont le choix – dès la seconde – serait déterminant pour l’affectation post-bac, transformeraient – si nous les laissons faire – le lycée en gare de triage, en antichambre de la sélection, un lycée encore plus inégalitaire.
Ne l’acceptons pas !

Fiche avenir : mode d’emploi