A l’heure où de nombreux chefs d’établissement profitent des demi-journées de solidarité pour « vendre » le livre de compétences, il est essentiel que les équipes pédagogiques en débattent et en comprennent tous les enjeux. En effet, pour la session 2011, la maîtrise des sept piliers du socle est requise pour l’obtention du brevet.

La validation du socle pose plusieurs questions. Tout d’abord, comment allons-nous évaluer par compétences ? Que signifie évaluer par compétences ? Ensuite, concrètement comment pourra-t-on mettre en place ce type d’évaluation ?

- « Comment évaluer ? » « Quoi évaluer ? » sont des questions essentielles. L’évaluation par compétences peut alors paraître une réponse intéressante. Toutefois, le livret tel qu’il nous est proposé - après des expérimentations dont les résultats n’ont jamais été publiés - pose de nombreux problèmes.

    • Le socle et le livret de compétences présentent des domaines avec des items de niveaux très variés qui ne sont pas tous évaluables. Certaines compétences s’appuient sur des savoirs, on peut expliquer à quoi elles vont servir aux élèves. Elles sont facilement évaluables (ex : réaliser des mesures). Le problème est que le livret comprend des compétences transversales comme « résoudre un problème », « émettre une hypothèse » ; celles – ci sont très difficilement évaluables car les attentes sont différentes d’une discipline à l’autre. Une compétence acquise l’est définitivement : cela ne permet aucune nuance dans l’évaluation : comment peut on être sûr qu’une compétence est acquise définitivement ? Sa validation dépend évidemment de la difficulté du support utilisé, de la discipline dans laquelle elle a été validée.
    • Comment juger qu’un domaine est acquis, surtout lorsqu’il est au carrefour de plusieurs disciplines ? Où mettre le curseur ? On peut prévoir des pressions pour l’élaboration de grilles. Beaucoup de collègues de langues ont vu s’imposer la validation du niveau A2 de certains élèves lors de la session du DNB 2009. À partir de combien d’items, de compétences, valide-t-on les piliers et le socle ? Qui décide s’il y a un désaccord entre collègues ? La réponse du ministère est qu’il faut faire confiance au terrain. Ceci montre l’absence totale de cadrage national (et même académique) : chaque établissement va élaborer ses propres critères de validation. Quelle valeur donne-t-on aux diplômes nationaux ? C’est clairement un pas vers l’autonomie des établissements !
      Le rapport Grosperrin sorti le 7 avril dernier révèle ainsi de façon très claire toute la politique éducative mise en place à travers le socle.
    • Certaines compétences (piliers 6 et 7) exigent des élèves une attitude normative. Comment peut-on évaluer l’item « connaître son potentiel » quand on évalue un adolescent ?
    • En outre, le socle ne se substitue pas aux programmes, l’évaluation par compétences s’ajoutera alors à l’évaluation chiffrée. Quelle clarté alors pour les élèves et leurs familles ? Pour quels élèves le socle sera-t-il l’objectif cible et pour quels élèves envisagera-t-on le programme ? En effet, le socle établit une hiérarchie entre deux types d’élèves : ceux pour lesquels il représente un horizon indépassable et ceux qui ont vocation à poursuivre des études.
    • les finalités du collège sont désormais la maîtrise du socle (définies ainsi par la loi Fillon de 20O5) et non plus la préparation de l’ensemble des élèves à des poursuites d’études. Dans un certain nombre de disciplines, il ne correspond pas au niveau attendu pour un élève entrant en 2de (LV, maths). Le socle commun constitue désormais l’unique horizon pour une partie des collégiens ; il est l’ « objectif-cible » pour ceux entre autre qui relèvent de l’éducation prioritaire.

- Concrètement, cette multiplication des tâches et de réunions va imposer un surcroit de travail important et des pressions de plus en plus lourdes dans les établissements. Aucune indemnisation, aucun temps ne sont évidemment prévus pour tout ce travail supplémentaire.

Par-delà les débats entre validation de compétences et note chiffrée, il convient de réfléchir davantage et plus collectivement à nos pratiques d’évaluation et de travailler avec les élèves et les parents.

Dans l’immédiat, le SNES appelle les personnels à refuser collectivement de renseigner l’attestation de maîtrise du socle commun et de faire connaître aux parents d’élèves et au ministre les raisons de leur refus.

N’hésitez pas à nous demander de venir animer une heure syndicale et n’oubliez pas de signer la pétition !