5 février 2018

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Rapport Mathiot : un lycée à la carte, un bac maison au service d’une sélection généralisée

Rapport Mathiot : un lycée à la carte, un bac maison au service d'une (...)

Le rapport Mathiot, publié le 24 janvier, dessine les bases des réformes du baccalauréat et du lycée qui vont être annoncées dans les prochaines semaines.

La loi relative à l’« Orientation et à la Réussite étudiante », toujours en discussion au parlement, et qui a pour objectif d’instaurer la sélection à l’entrée des universités remet en cause le rôle du baccalauréat qui jusqu’ici permettait aux lauréats de cet examen de poursuivre des études supérieures dans la filière de leur choix.

Les préconisations du rapport Mathiot visent désormais à enlever à cet examen son caractère national en limitant à 5 le nombre d’épreuves terminales nationales, les autres disciplines étant évaluées sous forme de contrôles locaux (partiels sur le modèles des épreuves en cours d’année existant déjà pour les langues vivantes ou contrôle en cours de formation ou contrôle continu).

La commission Mathiot préconise également la mise en place d’un « Supplément au diplôme » ou « Portefeuille de compétences et d’expériences » qui a terme pourra se substituer à l’examen lui-même puisqu’il recensera, les niveaux de compétences de l’élève ainsi que l’ensemble des activités et des actions menées au lycée, … Ce « Supplément au diplôme » permettra ainsi aux universités de faciliter la sélection de leurs étudiants.

Concernant l’organisation du lycée, le rapport préconise de mettre en place un lycée modulaire en semestrialisant les enseignements (ce qui aurait pour conséquence d’annualiser les services des enseignants).

Les enseignements seraient regroupés en trois unités :

-  une unité générale (tronc commun défini semestriellement ou annuellement) ;
-  une unité d’approfondissement et de complément (constituée de disciplines « majeures », « mineures » ou « mineures optionnelles ») ;
-  une unité d’accompagnement (qui correspondrait à l’actuel AP).

La voie technologique perdrait sa spécificité puisqu’elle ne subsisterait plus que sous la forme de majeures technologiques, avec un horaire d’enseignement considérablement réduit par rapport à la situation actuelle.

Les disciplines majeures et mineures choisies par les élèves seront déterminantes pour la poursuite d’études envisagées dans l’enseignement supérieur. Ainsi, un élève qui souhaiterait se réorienter à l’issue du lycée risquerait de se voir fermer les portes de l’enseignement supérieur si les enseignements choisis dans l’unité d’approfondissement ne correspondent plus à l’orientation souhaitée.
Autant dire que demander à un élève de seconde de choisir un parcours compatible avec un choix d’orientation post-bac ne peut qu’aggraver les inégalités sociales, entre les « initiés » et tous les autres que le gouvernement ne veut pas voir à l’université.
De plus, cela désorganisera le fonctionnement des lycées, renforcera la hiérarchie des disciplines tout en les mettant en concurrence.

Le rapport Mathiot préconise enfin de renforcer le rôle du conseil pédagogique (par exemple, pour l’organisation d’épreuves ponctuelles du bac, pour l’organisation de certaines unités d’enseignement, …). Les parents, les représentants des élèves, pourraient y être associés. Il y a fort à parier que cela aurait pour conséquence de limiter considérablement la liberté pédagogique des enseignants.
Le ministre Blanquer dit vouloir ouvrir des discussions avec les organisations syndicales au sujet des orientations préconisées dans ce rapport. Cependant, il a déjà annoncé le 29 janvier la réduction à 4 du nombre d’épreuves terminales du baccalauréat ainsi que la mise en place du contrôle continu pour l’évaluation des autres disciplines. Il a également annoncé que la réforme du bac sera présentée lors du conseil des ministres du 14 février et que celle du lycée suivra dans la foulée. La concertation annoncée est – une fois de plus - une mascarade et relève de l’affichage politique.
Le SNES-FSU appelle tous les personnels du second degré à faire grève massivement le 6 février afin de mettre en échec les réformes du lycée, du bac et de l’orientation post-bac que le gouvernement tente de mettre en place à marche forcée.
Ci-dessous, un diaporama présentant de façon synthétique les préconisations du rapport Mathiot :