Contribution de l’Ecole Emancipée à l’entrée de la CA académique du 25 juin 2012

Les années de sarkozisme laissent des traces profondes dans la société française, dont le succès politique du FN n’est pas des moindres, et le changement de style présidentiel à lui seul ne suffira pas à en effacer les séquelles. La réforme libérale et managériale de l’Etat est une réforme qualitative, et pas seulement une saignée en matière de postes. L’école dans ce cadre a connu une profonde mutation qui affecte tout à la fois ses missions et les conditions d’exercice des personnels.
Si la nouvelle majorité a déjà annoncé des éléments positifs qui répondent à nos préoccupations comme l’abrogation du décret sur l’évaluation des enseignants ou l’affirmation de la nécessité d’une formation des enseignants digne de ce nom, force est de constater que le projet socialiste pour l’école, et les contraintes budgétaires dans lesquelles le nouveau président entend continuer à inscrire les politiques publiques ne peuvent que nous inquiéter. A cet égard, le fait que François Hollande se soit réjoui de la victoire de la droite grecque contre Siryza qui dénonçait les mesures d’austérité imposées par la troïka, indique bien qu’il n’est pas question pour lui de combattre le carcan économique et budgétaire que le pacte de stabilité va imposer aux pays de la zone euro.
Ainsi, au-delà de quelques annonces positives (abrogation du décret sur l’évaluation des enseignant-es, abrogation de la circulaire guéant sur les étudiant-es étranger-es), on mesure déjà les points de blocage ou de conflit avec la nouvelle majorité :

• Les aménagements prévisibles du LPC n’enlèvent rien au fait que la nouvelle majorité est une fervente partisane du socle commun de compétences, socle de la nouvelle école capitaliste.

• L’annonce de 1000 postes pour la rentrée prochaine est une bonne chose, mais elle se limitera au premier degré et ne fait que restituer une partie des postes supprimés par Chatel. Les 60 000 postes annoncés sur 5 ans ne suffiront pas à éponger la saignée des dix dernières années, d’autant qu’ils ne concernent pas que des postes statutaires, et qu’ils se feront par redéploiements…Déjà s’annonce le non-remplacement d’une partie des départs à la retraite dans les ministères hors éducation, justice et sécurité (police, gendarmerie). La nécessaire revalorisation des personnels est renvoyée à plus tard ainsi que la hausse significative du Smic

• Le droit à la retraite à 60 ans pour celles et ceux qui auront cotisé les 41 annuités n’était que justice mais ne touchera que peu de monde, et est bien loin d’une remise en cause de la réforme Fillon.

• La journée de carence pour les fonctionnaires n’a fait l’objet d’aucune déclaration du nouveau gouvernement, elle doit pourtant être supprimée.
Par ailleurs beaucoup de sujets restent encore dans le flou, et feront l’objet de discussions dès cet été dans le but de mettre en place une nouvelle loi d’orientation pour l’école. Citons en particulier : la réforme des rythmes scolaires, celle du travail enseignant, de la formation des maîtres, du dispositif ECLAIR …
Le fait de mener des discussions durant l’été, au moment où les personnels sont en congé et ne peuvent donc pas immédiatement réagir doit nous inquiéter ; c’est pourquoi le Snes doit engager cette phase de discussion avec le ministère de façon offensive, en restant ferme sur ses mandats, en rendant compte aux personnels du contenu des discussions et en les appelant à agir au plus vite pour peser sur les choix gouvernementaux.

• Rythmes scolaires : le Snes doit rappeler que la réussite des élèves ne dépend pas d’abord ni uniquement de la longueur de la journée de cours ni de celle des vacances, mais bien des conditions réelles dans lesquels les élèves travaillent et des contenus parfois démesurés des enseignements au regard des heures imparties. Le Snes doit défendre l’amélioration des conditions de travail des élèves, en classe (dédoublement etc.) et hors classe (conditions d’accueil…), une pose méridienne suffisamment longue, un rythme 7 semaines de cours, 2 de vacances, discuter de la prise en charge par l’école du temps de devoirs des élèves, et penser la refonte des programmes dans ce cadre. La réflexion sur ce sujet doit être globale, et toute modification doit s’engager en prenant en compte tous les éléments cités ci-dessus : à ce titre, la décision d’allonger de deux jours et demi les congés de Toussaint a de quoi inquiéter : quelle sera la « compensation » à attendre des jours de cours ainsi perdus ? Quand, comment seront-ils récupérés ? le Snes doit à la fois veiller à ce que cette mesure ne débouche ni sur une réduction des heures d’enseignement pour les élèves, ni à une dégradation pour les personnels : en effet, en aucun cas la réforme des rythmes ne doit se solder par un allongement du temps de travail des personnels, ni par la remise en cause du bac comme diplôme national.

• Formation des enseignant-es : le nouveau gouvernement a promis de revenir sur la contre-réforme de la formation des enseignant-es, mais les conditions d’accueil des stagiaires à la rentré 2012 ne constituent pas une réelle amélioration. Les professeurs stagiaires auront 3 heures de décharge seulement dans le secondaire, ce qui est largement insuffisant, et la compensation se fera sans doute aux moyens. Nous sommes très loin de ce que le Snes réclamait dans le plan d’urgence et encore plus loin de notre mandat de congrès voté il y a 5 mois à Reims ! Pour les stagiaires, les pré-recrutements ne peuvent se faire sous la forme de master en alternance. Le Snes refusera tout projet qui reviendrait à attribuer un contrat aidé aux étudiants.

• C’est le moment de relancer une grande campagne pour refuser les HS. Le Snes doit appeler les collègues à refuser les HSA ; par ailleurs, il interviendra pour que les moyens dégagés donnent lieu à des BMP dans les établissements, voire à des créations de postes (globalisation des heures de compléments de service donnés et des heures supplémentaires dans une même discipline).

• La contre- réforme du lycée : malgré l’annonce de la proposition obligatoire de l’option d’Histoire en terminale S, Peillon ne remet pas en cause l’architecture de la contre-réforme « Chatel ». Le SNES doit exiger une refonte de la réforme du lycée : les heures d’accompagnement personnalisé doivent être redonnées aux disciplines ponctionnées, l’horaire alloué aux enseignements d’exploration de seconde doit être doublé, la voie technologique ne doit plus être un bac scientifique allégé mais doit proposer une vraie formation technologique avec des activités en atelier.

• Education prioritaire : sous prétexte que cette rentrée n’est pas la sienne, Peillon maintient le dispositif Eclair et le recrutement « local » des personnels. Il maintient aussi les internats d’excellence qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité par rapport aux moyens mis en place (2.5 CPE à celui du Havre !). Ne pas revenir sur une politique de déréglementation qui s‘inscrit dans une vision managériale de l’école n’est pas bon signe. Le Snes doit exiger que le programme Eclair soit supprimé. Par ailleurs, l’annonce par Peillon de la création à la rentrée de 500 APS (assistants de prévention et de sécurité, personnels chargés de lutter contre les violences scolaires, recrutés sur emplois aidés) montre bien que le ministre s’inscrit dans la suite de Chatel sur le sujet de l’éducation prioritaire : pour le Snes, la lutte contre la violence n’est pas la priorité de ces établissements pour lesquels il faut, avant tout, endiguer l’échec scolaire.

• Personnels précaires : la loi de mars 2012 ne concerne qu’une très petite partie des personnels précaires de plus en plus nombreux dans la FP (+ 30 % en 10 ans) et introduit une Cédéisation, véritable cheval de Troie contre le statut. Dès maintenant, nous devons réclamer le réemploi de tous les vacataires et contractuels en poste ou au chômage afin d’obtenir leur titularisation.

• L’absence de vivier pour la profession est un problème important auquel le ministre doit répondre, par des mesures d’urgence d’abord : annonce d’un collectif budgétaire pour création de postes, titularisation des personnels précaires ; par des mesures à long terme ensuite : grâce aux prérecrutements.

Dès la prérentrée, le Snes appelle les S1 à tenir des AG pour faire le point sur les conditions de la rentrée : dans la semaine qui suit, il réunira les personnels pour faire le bilan des propositions ministérielles arrivées durant l’été. En tout état de cause, nous savons déjà que les conditions de cette rentrée seront très dégradées puisqu’aucune rupture avec la politique précédente n’est intervenue : en septembre, les collègues seront confrontés à des classes surchargées, à des DHG insuffisantes, à des postes non pourvus… Les décisions de l’été sur la nouvelle loi d’orientation seront présentées très tôt aux collègues, et pour peser sur les choix gouvernementaux, il sera indispensable de construire un véritable rapport de forces ; à ce titre, les états généraux du second degré ne peuvent suffire : il faut donc très vite préparer la grève en cas (prévisible) de non satisfaction de nos revendications.
Les conditions de rentrée seront dégradées pour l’ensemble du système éducatif (la restitution de 20 postes dans le premier degré, dans l’académie, ne règlera pas tout…) ; c’est donc au niveau de la fédération qu’il faut mener des actions, les impulser et les proposer aux partenaires syndicaux, si nous voulons peser sur la future loi d’orientation. Le Snes s’adressera donc à la FSU au plus tôt en septembre pour préparer une grève dans l’éducation.